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LITTERATURE

 

La première personne Extrait de : « N’attendons pas, les fauves sont sur la route »

 de Mina Assadi

 

« La première personne » qui a quitté son pays était politique. Puis, ses parents qui s’ennuyaient de leur enfant et qui s’angoissaient pour lui sont venus. Ensuite, toute la famille, les frères, les sœurs, les tantes, les oncles, tous avec la smala. Et cet exil était pour la première personne qui était interdite de retourner au pays.

 

« La première personne » n’était pas aussi politique que cela. Etre politique, si avant la révolution, vous procurait le respect et la célébrité, n’était qu’humiliation et honte après la défaite de la révolution. Mais alors pourquoi, dans cette atmosphère, être politique et prendre la responsabilité de tout ?

 

« La première personne », après des mois d’errance dans des montagnes et dans différents pays, dès qu’elle a trouvé une certaine stabilité dans un pays étranger, a laissé tomber la lutte qui ne lui apportait rien pour suivre un travail culturel utile ; et c’est là où il s'est rappelé du livre. La vente de livres est un travail culturel et qui rapporte aussi. La vente d’un livre de cinq tomans à cinq dollars et la vente de chaque dollar à deux cents tomans veut dire toucher la poussière et la transformer en or ! Ce métier sans problème ne cause aucun problème aux autres. Le but de « la première personne » était l’augmentation du niveau des connaissances des acheteurs. Ceci encouragerait aussi le vendeur culturophile.

 

Quand la librairie de « la première personne » s’est ouverte, on pouvait y voir aussi, si on faisait attention, quelques œuvres artisanales – le samovar et la théière d’Iran qui étaient là peut-être pour décorer la boutique. Mais comme les Iraniens culturophiles ont montré beaucoup d’intérêts à acheter ces objets artisanaux, « la première personne » a été obligé de les vendre, et a rempli la majeure partie de la boutique, sur la demande des personnes intéressées, par l’art. Là, on pouvait voir quelques livres dans la boutique !

 

« La première personne » était tellement perturbée par la question d’un acheteur qui lui demandait comment on peut vendre le samovar et la théière iraniens sans vendre du thé iranien, qu’il n’arrivait plus à dormir jusqu’à ce qu’il importe du thé de Lahidjan. Mais les clients très intéressés ne pouvaient pas se contenter de si peu. Comment boire du thé iranien sans le jus de citron « Yek-o-yek » à  rajouter dans le verre du thé ? Qu’est-ce que le jus de citron « Yek-o-yek » nous rappelle ? Bien sûr, cela rappelle le plat de  tête,  pied et de cervelle, en plus de la façon hallal. Il ne faut pas oublier que les Iraniens sont traditionnellement musulmans ; ce qui veut dire qu’il leur faut aussi le tableau « La elaha ellallah » (Il n'y a qu'un seul dieu) qui est arrivé aussi dans la boutique.

 

L’hiver est arrivé. L’obscurité, la neige et le vent et la nuit noire et longue de Yalda (la nuit la plus longue de l'année) sous le ciel gris d’un pays étranger. Qu’est-ce que les Iraniens faisaient pendant cette nuit historique et traditionnelle ? Ils lisaient Hafez. Le recueil des poèmes de Hafez était dans la boutique. Mais quel désastre ! Il n’y avait pas de melon, de fruits secs et d’autres amuse-gueules de la nuit de Yalda.

 

Etait-il possible de manger de tête, de pied et de cervelle hallal avec le jus de citron Yek-o-yek, lire Hafez en lui demandant de répondre aux vœux formulés, sans avoir du melon de Meched ? Bien sûr que ce n'était pas possible. Quel sacrifice pour importer du melon de Meched, juste la veille de la fameuse nuit. Donner cette information sur l’arrivée du melon de Meched aux masses des adorateurs de celui-ci était un sacrifice important que "la première personne" a accompli avec beaucoup de résisatnce et de régularité. En un clin d’œil, beaucoup de monde s’est rassemblé devant la librairie pour applaudir le melon de Meched. Heureusement, tout le monde a pu avoir son melon et rentrer à la maison.

 

L’expérience excitante du melon au dernier moment et la joie des gens de l’avoir eu ont poussé « la première personne » de préparer le nouvel an iranien avant que cela ne soit trop tard. Il a commencé donc le travail d’impoirter les « 7 s » (nappe traditionnelle du nouvel an qui doit être ornée de 7 aliments dont les noms commencent par la lettre S), les gâteaux et les amuse-gueules iraniens. Les patissiers compatriotes ont tout essayé pour que « la première personne » ne le fasse pas, pour qu’ils puissent les préparer et à les lui vendre au bon marché, mais il n’a pas accepté. Les gâteaux iraniens avaient un autre goût, ils sentaient l’Iran, ils étaient faits avec le sucre et la farine d’Iran, et plus important encore, ils étaient le résultat du travail de l’ouvrier iranien. Bien sûr, il ne fallait pas oublier le bénéfice important en dollar que cela apportait.

 

Après l’accueil chaleureux des gens pour le samovar, l’artisanat, le jus de citron « yek-o-yek », la tête et le pied hallal, le mmelon, les amuse-gueules, c’était le tour de « 7s » et les gâteaux. Et comme la veille du nouvel an, il fallait manger du poisson séché, il l’a importé aussi..

 

Il a tout préparé : de l’œuf iranien jusqu’au lait iranien.

 

Il y avait tous les œufs possibles : des graines d’oseilles jusqu’aux œufs de poissons. Même les poissons rouges de la table du nouvel an étaient commandés à la mer Caspienne.

 

"La première personne" faisait partie de celles qui n'aimaient pas ceux qui étaient restés politiques et qui empêchaient le progrès des gens actifs comme lui; elle ne comprenait pas la raison de leur opposition. Que voulait dire cet entêtement? Si ces oppositionnels avaient goûté  un peu des produits du pays dans ce moment historique -- surtout à l'étranger -- ils auraient oublié même l'amour et ils n'auraient pas empêché son travail, avec leurs théories étranges et qui n'ont aucun sens. Jusqu'à quand ces gens-là voulaient rester sans rien et défendre ceux qui ont faim et ceux qui n'ont rien?

 

"La première personne", même si elle savait qu'y compris l'échantillon des produits d'exportation iraniens n'existe pas derrière les vitrines des plus luxueux des magasins en Iran, elle trouvait quand même injustes les attaques des opposants. C'est parce qu'il y avait la demande que ces produits faisaient partie de l'offre aux compatriotes, sinon si les exilés évitaient d'acheter et de manger ces produits dans l'intérêt des bouches affamées des enfants de la patrie, les produits d'exportation resteraient sans demandeurs et seraient utilisés par ceux qui sont  à l'intérieur du pays.

 

Le "Tchahar chanbeh souri"(la fête du feu, fête zoroastrienne) arrivait et il n'y avait pas les produits nécessaires pour cette fête. Ceux qui ne mangeaient aucun œuf sauf celui du pays, ceux qui n'étaient satisfaits d'aucune eau sauf le jus de citron "Yek-O-Yek", ceux qui ne regardaient aucun film sauf  "Youssef et Zoleïkha", ceux qui ne mangeaient aucune autre aubergine sauf celle de Bam, ceux qui aimaient beaucoup leur pays et qui importaient même tout ce que les autres auraient pu manger pour l'utiliser eux-mêmes et  mangeaient en pleurant sur le triste sort de leurs compatriotes, n'ont pas pu supporter (parce qu'il aimaient trop leur pays) de sauter par-dessus un feu allumé avec du bois étranger. Il n'y avait aucun plaisir de mettre en place cette fête si le bois n'était pas importé des forêts de Massouleh. Une très longue liste de pétitionnaires demandant du bois iranien pour la fête de Tchahar Chanbeh souri" a été envoyé à "la première personne". Mais pour cette dernière importer du bois iranien n'était ni possible et ni lui apportait assez de bénéfice.

 

Il a eu une étincelle mais qui l'a fait trembler. C'était possible de résoudre ce problème avec les voyages organisés pour le fête de Now-Rouz (la fête du nouvel an) en Iran. Pourtant, expliquer cette découverte demandait du courage. Comment cela serait possible de discuter de cette idée avec ceux qui sont en train de se battre pour la patrie piégée et qui ont fui l'enfer d'un régime meurtrier ? Surtout que ce groupe sont des réfugiés politiques; on ne peut pas leur demander de jeter aux orties leurs principes pour du bois pour une fête. Et même s'il les gagnait à cette idée, qui pourrait gagner le régime à l'idée de ces voyages? Comment c'était possible de faire semblant en montrant ces gens-là au gouvernement iranien comme touristes? Ces gens qui, en entrant dans les pays qui acceptent des réfugiés politiques, étaient obligés de montrer leurs corps blessés aux autorités, de leur montrer la preuve de leur arrestation, de leur montrer les photos sanglantes de leurs familles tuées par le régime pour prouver qu'eux aussi sont en danger. Pour "la première personne" c'était clair que même si le gouvernement iranien acceptait cela,les réfugiés ne l'accepteraient pas, les réfugiés qui étaient en danger et qui avaient traversé des frontières dangereuses pour crier librement leur protestation dans un autre pays. Non, c'était impossible que ces gens-là acceptent cette humiliation.

 

Malgré tout, "la première personne" a dit son secret à quelqu'un à qui il faisait confiance. L'autre s'est mis en colère: "Ce n'est pas possible, non, jamais. Ce n'est possible dans aucun sens. Ni le gouvernement ni la nation ne l'accepte." Mais le gouvernement a réfléchi plus rapidement à la "possibilité" de faire cela. Le réfugié qui accepte que son compatriote soit dans la misère et la pauvreté pour que lui-même mange les exportations du pays non pas pour manger moins cher mais pour satisfaire ses souvenirs et sa nostalgie, capitule plus vite et accepte même les voyages touristiques. Le gouvernement a commencé à mettre en place cette idée, et même avant "la première personne". Il a ouvert les portes de ses ambassades aux réfugiés, les mêmes ambassades appelées "le nid des espions" quelques semaines avant et qui étaient, de peur des opposants, durement protégées par des kilomètres de police et d' autorités sécuritaires.

 

"La première personne" a paniqué. Les criminels de régime lui ont piqué sa position qu'il avait gagnée pas à pas avec la première goutte de jus de citron jusqu'aux différents œufs. Jusqu'à ce jours-là, elle n'avait aucun lien avec qui que ce soit de douteux et de l'ambassade, y compris elle évitait de les rencontrer. Mais là où l'ennemi voulait détruire tout ce qu'elle avait construit, il ne fallait plus rester silencieux. Ce n'était pas juste que les criminels de régime qui avaient la possibilité de remplir leurs poches de milliers de façons, essayent de lui piquer son faible commerce. Il a donc accepté en son for intérieur de collaborer avec eux pour attirer des touristes[….]

 

Cette affaire pour "la première personne" avait l'intérêt suivant: elle pouvait se mettre au courant des choses et donner le contrecoup le moment venu. Donc pour sauver ses compatriotes, le cœur brisé et la tête baissée, elle est allée à l'ambassade. "La première personne", pour le confort de ses compatriotes, a appelé ceux qu'elle aurait détesté voir par "frère, frère" jusqu'à ce que ceux-ci acceptent qu'elle ait un pourcentage des ventes de billets des voyages en Iran.

 

"Kiche Tour" est arrivé. Les gens ont protesté et en même temps qu'ils mordaient dans les tranches juteuses des pastèques de Charifabad, ont dit -- des larmes aux yeux et des sanglots dans la gorge: "Il faut neutraliser la nouvelle ruse du régime." Mais quand ils ont entendu la publicité de ces voyages de la bouche de leur ami, ils ont commencé à réfléchir.  Ils ont commencé à se dire: "Il ne faut pas être trop durs, le pays est à nous et les gens sont comme nous. Ce travail pour nous n'a qu'une heure d'humiliation -- de confronter les agents de l'ambassade --, puis tout va bien." Et c'était vrai que tout s'est terminé dans la joie et le bonheur. "La compagnie aérienne HOMA" a ouvert son bureau. Maintenant, ce n'était plus seulement le jus de citron, le samovar et l'artisanat iranien, mais il y avait aussi la terre, la terre de la patrie, les bonnes et les mauvaises odeurs de la patrie […]

 

C'est comme ça qu'avec les efforts des "premières personnes" et l'appui des vrais réfugiés, le jeu a pris forme.

 

Eté 1995, Stockholm

 

 

Traduit du persan par l’Association Art En Exil

 

 

 

 

 

 

Zahra a été lapidée

de Ezzatossadate Gouchehguir,

extrait de « …Et soudain le léopoard a dit : femme »

 

L’ombre fragile de Zahra s’allongeait de plus en plus sous la lumière faible de la place jusqu’à ce que les deux femmes nervies sont venues pour lui lier les deux mains derrière le dos. Les mains de Zahra étaient molles et sans vie comme des feuilles jaunes d’autome, et son corps se refroidissait un instant pour se réchauffer l’instant d’après…et quand elle a vu le linceul blanc dans les mains de l’homme en noir qui s’approchait lentement vers elle, elle a dit calmement : « Mes enfants… », et elle a vomi un liquide jaunâtre sur les mains d’une des femmes nervies.

 

La femme nervie, tout en essuyant ses mains sur le tchador de Zahra, a jeté un regard noir sur elle et a murmuré : « Pétasse, même là elle n’arrête pas ses dégueulasseries… »

 

Une femme a approché un bol d’eau aux lèvres de Zahra. Zahra a dit non…et a retourné sa tête. Mais soudain son corps s’est réchauffé tellement que la sueur a perlé sur sa lèvrre supérieure. Puis d’un air indifférent, elle s’est dite : « Personne…personne…personne… »

Et ses paupières enflées se sont fermées. Les cercles jaunes et violents des yeux de la femme nervie l’ont emmenée dans un hammam sombre et humide dont sur les murs étaient couverts de mousse et où il faisait un froid étrange. Le sol du hammam était glissant et horripilant comme la morgue. Elles l’avaient amenée à Hammam après la lecture de sa condamnation.

 

*****

 

Le juge a bougé un peu le bout de son djelaba et d’un air hautain a regardé Zahra froissée dans son tchador en hailloon et a demandé :

-              Quel âge avez-vous ?

-              Je ne sais pas…vingt quatre…vingt cinq…

-              Combien d’enfant avez-vous ?

Les larmes de Zahra ont coulé sans aucun bruit. Zahra a mordu dans son tchador.

La voix du juge est devenue plus forte :

-              J’ai demandé combien d’enfants avez-vous ?

-              J’ai deux filles monsieur…

Un homme dans l’assistance a dit :

-              Même ses « chiots » sont des filles !…

 

[…]

Zahra a été secouée par la voix du juge :

-              Qu’est-ce qui vous a poussée dans cette voie indigne ?

 

Zahra a regardé autour d’elle, d’un regard vide : pourquoi cette question ? Et le juge s’est rendu compte qu’il a posé cette question un peu trop rapidement ; donc, il a l’a changée :

-              Depuis quand connaissez-vous cet homme ?

Un sentiment étrange a envahi le corps de Zahra ; elle était couverte de sueur. Elle devait confesser. Le juge a insisté en la regardant bizarrement :

-              Racontez l’histoire

Zahra suffoquait :

-              J’étais allée chez Sédigheh qui est de la même ville que moi ; elle est locataire chez Aghdasse…

-              Est-ce qu’elle est présente dans le tribunal ?

Zahra s’est retournée et a regardé l’assistance. Elle n’a pas vu Sédigheh, mais elle a vu Aghdasse au premier rang qui la regardait comme une prostituée. Zahra a avalé sa haine et a répondu :

-              Non monsieur…

-              D’accord, continuez…

-              J’étais allée chez Sedigheh pour emprunté un grand clou pour le berceau de ma petite fille ; mon mari avait emporté avec lui un des clous du berceau…

-              A quoi ça lui servait ce clou ?

-              Mon mari est toxico monsieur…et alcoolique aussi…il a vendu toutes nos affaires…Il ne me restait que quelques morceaux de ma dot. Je ne voulais pas qu’ils les vende…il m’a battue…il m’a tiré les cheveux et m’a jetée au milieu de la pièce…puis il a enfoncé le clou du berceau dans la tête…au milieu de ma tête…il ne comprenait plus rien…il voulait de la poudre…

 

[…]

Quand Zahra est tombée enceinte de son deuxième enfant, le mari est parti et on ne l’a plus revu pendant plusieurs mois. Et puis il est revenu ; il n’était plus pareil, il ressemblait à une loque humaine, sans aucune force, sale… A sentuir son odeur nauséabonde, Zahra a vomi et l’a roué de coups en criant et en le maudissant…Le mari a pleuré profondément…et Zahra essoufflée s’est presque évanouie…

 

La voix tranchante du juge s ‘est enfoncée dans son corps comme une piqûre de serpent :

-              Les détails ne m’intéressent pas, racontez l’essentiel.

[…]

 

Zahra a repris : Elle était allée chercher un clou pour le berceau de sa fille.  Mais Sedigheh n’était pas là. Un autre locataire, un homme était dans la cour de la maison réparant quelque chose. Il lui avait dit que Sedigheh est partie en voyage. Il lui avait demandé si il pouvait l’aider. Il était gentil ; Zahra lui avait raconté son histoire. L’homme lui avait donné prêté un peu d’argent pour acheter du pain, puis plus tard, un peu plus pour acheter du lait pour les enfants, et…

Le juge a demandé cyniquement :

-              Comment vous arriviez à vivre pendant que votre mari était absent ?

-              Je faisais des ménages et le linge chez des gens, mais je n’arrivais pas à avoir assez d’argent pour payer le loyer et la nourriture.

[…]

L’homme, Mohsen, était très gentil, il l’aidait à vivre et…ils s’aimaient…

Le juge a hurlé : « Comment, en tant que musullmane, vous vous êtes permise d’avoir cette relation ?

[…]

Puis, c’était le jugement : « Madame zahra doit être lapidée… »

[…]

Les deux femmes nervies l’ont couverte dans le linceul…Elles l’ont amenée sur la place. Zahra voyait de derrière le linceul des ombres…des gens qui la regardaient et qui riaient entre leurs dents de travers et jaunes. Ils avaient chacun une pierre dans les mains. Ils étaient exités…

On a entrerré le corps couvert dans le linceul de Zahra jusqu’au cou…la terre était froide, froide…

Soudain le silence.

Zahra a entreaperçu l’ombre d’un homme enturbanné qui a commencé à réciter le Coran…La première pierre a fait explosé sa tempe, la deuxième son œil et des pierres…des pierres…des pierres…

 

Téhéran, 1979 et 1980

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’enfant

 

 

Bombardement de Mina Assadi

 

N’a pas eu le temps de boire sa dernière goutte de thé,

N’a pas eu le temps d’enfiler ses petites chaussures,

N’a pas eu le temps de placer ses cahiers dans son cartable,

N’a pas eu le temps de continuer ses enfantillages d’été,

Et n’a pas eu le temps de grandir.

Soudain,

Un tonnerre dans le crépuscule jaillit,

Un bruit inconnu

Et l’arrêt du temps et de la vie.

 

***

 

Maintenant,

La petite chaussure au seuil de la porte,

La tasse renversée,

Le cartable retourné,

Les cahiers déchirés,

Témoignent, un instant avant ce silence mortel,

De la joie d’une vie et de l’amour qui étaient le soleil de ces ruines.

 

Suède 1982

 

Traduit par Parvine

 

 

 

Je veux pleurer
dans ma langue
maternelle


Kamal Rafat Safaï


Quelle époque !
La mer
Est tellement couverte d'obscurité
Que la lune ne se répète pas
Et la lance du cri de la personne noyée n'arrive pas au bord de la mer.
Quelle époque !
Que j'appelle mes yeux de loin
Quelle époque !
Que je compte mes morts avec les étoiles de mon exil
Quelle époque !
Que je me penche de loin pour sentir les aromates de mon territoire
Je suis gitan
Je porte mes racines sur mon dos
Pour ne se lier à aucune terre, à aucun moment
Mais
Je veux pleurer dans ma langue maternelle
Je veux appeler la mer
dans ma langue maternelle
Je veux dire dans la langue de Safran, de soie, de neige dans la langue des jeunes filles qui tissent les tapis
dans la langue qui saute de l'ombre au soleil.
Je suis de votre époque
Et je meurs de vous
Et je vis de vous


Extrait de " II n'y a personne sur la Lune "

 

 

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