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Interview avec le Directeur Artistique de l’Association Art en exil

 

- Du  27 au 30 août 2006 nous étions présents autour de soutien au développement du débat d’idées et de la diversité culturelle, le Centre Culturel et de Coopération Linguistique de Tallinn a invité l’Association Art en Exil, pour une intervention au colloque international sur la diversité culturelle et la tolérance culturelle le 30 août 2006 à Tartu. (Notre association a été la seule association française invitée à ce colloque).

M. Djavad Dadsetan directeur artistique de l’Association s’est rendu en Estonie du 27 au 31 août 2006 et a fait une intervention sur le thème « Tolérance culturelle en France » au colloque organisé par le PÖFF, le 30 août 2006, dans le grand amphithéâtre de l’Université de Tartu.

- Nous avons participé également du 21 au 22 octobre 2006 au «FORUM DES OING/ONG» sur le thème : Enjeux de la diversité en Europe et Citoyenneté Européenne

 

- Nous étions présents, du 27 au 29 octobre 2006 aux Etats Généraux pour l’égalité organisé par SOS Racisme.

- Nous avons participé au colloque Diversité et Représentation Politique, organisé par Le Haut Conseil à l’intégration à Science Po, le 28 octobre 2006. 

 

- Nous étions présents à l’occasion  du  «Forum des Associations parisiennes » qui a eu lieu, les  6 et 7 octobre 2006 à l'Hôtel de Ville organisé par la Mairie    de Paris (avec l’Association cadecsif).

 

- 7ème festival international de court-métrage de Limoges qui a eu lieu du 23 au 25 novembre 2006, a invité M. Djavad Dadsetan, directeur artistique de l’Association Art en Exil, qui intervenu entant que  « membre du jury sur la sélection officielle des films en compétition pendant le festival, de plus dans le cadre de« carte blanche et de mettre en valeur le travail de  l’Association Art en exil ».

 

 

L'exilé

Djavad Dadsetan


A tous les exilés du monde

C'était encore l'aurore et
la brise fraîche caressait
les pieds de l'homme qui
dépassaient le drap.
L'homme s'est tourné, a
soulevé son bras et a
regardé sa montre. Il avait
envie de dormir plus, et
ne voulait pas sortir du lit.
Mais quand il a entendu le
réveil sonner, il a enlevé
le drap et il a presque
sauté sur le réveil qui
avait déjà réveillé tout le
monde. Sa femme l'appelait dans
son demi sommeil : " Tu
dors encore Hassan ?
Lève-toi. Tu étais sensé te
lever à quatre heures et
demi. Tu vas perdre
encore ton boulot. "
L'homme a répondu :
" Arrête, je suis réveillé.
J'étais réveillé à trois
heures. Ce n'est pas
possible de dormir ; j'ai
trop de problèmes. Je
voulais me lever à trois
heures, mais je me suis dit
peut-être je pourrai
dormir un peu plus, mais
ce n'était pas possible. "
II a mis la bouilloire sur le
feu et lui a demandé
gentiment de préparer le
thé, et il est allé se laver et
se raser. Quand il s'est
regardé dans le miroir, il a
fermé les yeux un instant

de fatigue et de manque
de sommeil, et quand il a
ouvert les yeux il a pu
voir les rides sur tout son
visage. Il a pu constater
comment son visage a
changé depuis trois ans,
depuis qu'il a commencé
dans ce pays étranger des
petits boulots comme
plongeur, l'homme à tout
faire dans les restaurants.
Tout ce qui était resté de
ses cheveux était gris. Il a
regardé ses mains. Elles
étaient rudes et fendues
partout, moches comme
les mains des fabricants
de briques. Il devait partir
au boulot avant d'être en
retard comme hier où il
avait raté le bus de cinq
heures. Si cela arrivait, il
serait obligé de prendre le
bus de six heures et
d'arriver une heure en
retard à son boulot, et
perdre peut-être son
travail. Il n'avait pas
envie que cela arrive,
parce qu'il avait
l'impression que ce
nouveau boulot n'est pas
trop dur. Donc il ne
voulait pas donner un
prétexte au patron du
restaurant.
L'ancien boulot était plus
dur et plus fatiguant. Il
fallait balayer tous les
jours le restaurant qui
était très grand, faire la
vaisselle de la veille,
trancher le pain, couper
le beurre et mettre les
morceaux de façon
ordonnée sur un plateau,
préparer le café, et s'il ne
restait pas autre chose à
faire, il devait laver les
verres d'alcool, les
essuyer et les mettre sur
l'étagère pour que cela
soit facile d'accès.
C'est ce qui lui a vallu
d'être fichu dehors de
l'ancien boulot. Le
dernier jour, il avait
préparé une quarantaine
de verres sur un grand
plateau ; il s'est heurté à
une table et tous les verres
sont tombés et se sont
cassés. Le nouveau
restaurant était tout petit
et ne vendait pas d'alcool.
Il y avait le patron
mexicain du restaurant, sa
femme et Hassan. Tout
allait bien, et si il ne
perdait pas le bus, à ce
nouveau boulot les repas
étaient gratuits et le
travail était moins.
Il a entendu la voix
angoissée de sa femme :
Hassan, ne sois pas en
retard !
Il n'a pas répondu. Il a
recommencé à réfléchir
en se peignant les
cheveux.Il s'est rappelé
du jour où ils ont vendu
leur maison et ont donné
l'argent aux passeurs pour
les aider à traverser la
frontière pakistanaise. Il
était prêt à payer même
plus pour fuir l'enfer
qu'ils lui avaient
construit. Quand ils ont
traversé la frontière, le
reste de l'argent qu'ils
avaient économisé a été
utilisé pour acheter des
billets d'avion pour
arriver dans ce pays
étranger.
Leur maison n'était pas
grande mais ils avaient
travaillé dur pour l'avoir.
La vendre pour tellement
peu d'argent lui faisait
mal. La maison était le
résultat de vingt ans de
travail acharné. Il s'est
rappelé des jours où il
regardait les petites
annonces pour les
maisons pas chères, et dès
qu'il en avait vues, il
s'était défoncé pour
préparer ce qu'il fallait
pour la partie à payer au
comptant. Il avait mis en
gage deux tapis et les
bijoux de sa femme et
vendu leur voiture pour
acheter la maison. Dès
qu'ils ont emménagé dans
la nouvelle maison, il a
commencé à donner cinq
heures de cours
particuliers par jour. Il y
avait aussi leurs deux
enfants de cinq et de trois
ans. Sa femme, bien
qu'elle soit d'une famille
riche, ne s'intéressait pas
à acheter quoi que ce soit
pour elle-même. Mais
quand même il fallait de
l'argent pour les dépenses
quotidiennes. Même si ils
étaient cousins germains
et s'aimaient depuis leur
enfance, il ne pouvait pas
ne pas entendre ses
plaintes maternelles.
Les jours de manifestations sont
arrivés et ses élèves sont
allés manifester ; les cou
particuliers
sont devenus
de plus en plus rares.
Il débattait avec ses élèves
en leur disant qu'il n'y a
pas de résultat à ce genre
de chose. Ce n'était pas
pour soutenir le régime,
mais c'était surtout pour
sauver la petite somme
qu'il gagnait de ses cours
particuliers. Mais quand il
n'y a pas d'école et
d'examens, réfléchir aux
cours particuliers est
ridicule. Il s'est énervé
pendant toutes les
manifestations. Tout était
fichu. Les derniers jours
des événements, le père
de sa femme Mansoureh,
est décédé. Le beau père
était contre les événements, et quand il
voyait ses amis pousser
les adolescents à manifester, il s'énervait.
Y compris, il n'aimait pas
le comportement de son
père, un moiïa très connu.
Il insistait toujours pour
que ses deux enfants et sa
femme restent patients.
Hassan était d'accord
avec lui. Enfin, les débats
avec ses élèves qui étaient
devnus révolutionnaires,
lui ont causé des
problèmes. Il a été arrêté
et mis en prison comme
contre-révolutionnaire. Il
se demandait pourquoi le
beau-père n'est pas là
pour voir qu'il avait
raison. Lui qui n'était allé
à aucune école mais qui
savait par cœur l'histoire
de l'Iran, qui prévoyait
l'avenir sur la base de son
expérience et sa vision
impartiale ! Non, il n'était
pas l'ennemi de dieu et de
son prophète non plus
sinon il ne serait pas
devenu Hadj.
Lui qui, dès le début, était
pour séparer la religion de
l'Etat, et qui ne soutenait
pas le régime d'alors non
plus, avait travaillé pour
gagner sa vie et n'avait
pas hérité de son père très
riche. Quand il est mort, il
a laissé son héritage à ses
deux enfants, Mansoureh
et Mahmoud qui était
médecin. Mansoureh a
payé avec sa part toutes
les dettes qu'ils avaient.
Son père vivant, voulait
bien les aider, mais
Hassan ne voulait pas.
Il aimait beaucoup son
beau-père, mais ne voulait
jamais lui demander de
l'argent. Même le jour où
il a voulu mettre ses tapis
en gage, pendant un
moment il a pensé à son
beau-père, mais sa fierté a
pris le dessus. Il s'est
rappelé de la cérémonie
d'enterrement de son
beau-père, il chérissait
même maintenant le
souvenir de son beau-
père, parce qu'il était,
même illetré, parmi ceux
qui arrivaient à analyser
les problèmes sociaux et
politiques mieux que des
milliers d'intellectuels.
Quand il discutait avec les
gens de n'importe quel
bord, il disait que l'on soit
d'accord ou pas avec le
régime, il ne faut pas
laisser le pays aux mains
des étrangers. Il avait
plusieurs fois insisté
auprès de sa fille d'aller
finir ses études aux Etats-
Unis ou en Grande-
Bretagne, et qu'il allait
payer tous les frais, mais
Hassan n'avait pas
accepté. Le beau-père
avait même prévu qu'un
jour rien ne tiendra et tout
sera détruit.
Il disait la même chose
pour quitter le pays.
Hassan arrivait à voir tout
ce que son beau-père avait
prévu. Sa mort, la mort de
cet ami qui était en même
temps son oncle et son
beau-père et qui avait à
peu près l'âge de son
propre père, lui faisait très
mal et lui donnait envie
de pleurer.
Il a entendu la voix de
Mansoureh qui avait
ouvert la porte de la salle
de bain : qu'est-ce que tu
fais encore ? Ton thé
refroidit et ton bus est
parti !!... Il a jeté un
regard à Mansoureh, est
passé à côté d'elle, et a
regardé sa montre. Il ne
lui restait pas de temps
pour arriver au bus. Il
s'est rapidement habillé et
a couru vers la porte. Il a
encore entendu
Mansoureh dire : " Mais
pourquoi alors tu réveilles
tout le monde, mec ? "
Hassan s'était habitué à
tout cela, mais ce n'était
pas de sa faute. C'était
comme si le miroir du
lavabo était spécial, il le
transportait dans ses
rêves. C'était comme une
boule de cristal dans
laquelle il pouvait voir
tous ses souvenirs. Quand
il a ouvert la porte, il a
juste eu le temps de dire :
" Prépare Ali et Zohreh ce
soir pour les emmener
au  Mc Donald ".
Toutes les semaines il le
faisait. Pour se divertir et
pour que Mansoureh ne
s'ennuie pas plus que ça,
il les prenait par la main
et allaient chez McDonald
qui n'était pas très loin.
On pouvait même y aller
à pied. Ils allaient de
temps en temps en bus. Il
achetait un hamburger et
une boisson pour les
enfants et les envoyait
jouer au manège. Les
enfants aimaient cela.
Mansoureh et lui-même
s'assayaient et discutaient
de l'avenir... Quand ils
étaient en Iran, c'était
pareil. Ils allaient au parc
Royal ou sur " le pont de
Tadjriche " et prenaient
du plaisir à regarder les
enfants jouer.
Il a fermé la porte derrière
lui et a couru jusqu'à
l'arrêt du bus qui était à
cinq minutes. Il a regardé
sa montre, il n'avait que
deux minutes. Il a
accéléré. Maintenant il
pouvait voir le bus qui
s'approchait à l'arrêt. Il a
suivi le bus du regard,
ils'est arrêté. Il sentait son
cœur s'arrêter, il devait
traverser la rue. Soudain il
a entendu un bruit
bizarre ; une douleur lui a
pris la tête et a couvert
rapidement son corps. Il
ne voyait plus le bus, par
contre il voyait les gens
qui le regardaient. Tous
ses muscles étaient
tendus. Il entendait de
loin quelqu'un qui
demandait une
ambulance. Tout était
confus dans sa tête.
Il s'est rappelé de
Mansoureh, cette femme
gentille qui avait supporté
toutes ces années les
malheurs de Hassan. Il
s'est rappelé de Zohreh et
Ali qui le regardaient et
qui attendaient qu'il se
lève pour les emmener
chez Mc Donald. Leur
visage était innocent. Il
leur a demandé de l'aider
à se lever, mais ils ne
bougeaient pas et le
regardaient de là où ils
étaient. Il s'est rappelé de
son beau-père qui a été
vraiment torturé à la fin
de sa vie par tout ce que
les gens ont fait. Puis, il
s'est rappelé encore de
Mansoureh.