Le cinéma et la torture dans les prisons de la République islamique !

 

Par :

 

Minoo HOMAILI


 

La définition du cinéma libre : Nous pensons que ceux qui sont intervenus directement pour donner des coups, faire souffrir, réprimer, torturer, ou qui sont accusés d’assassinats et de meurtres, doivent passer devant le tribunal et avoir un procès correspondant aux critères du monde progressiste, avec avocat ou sous le contrôle des organisations des droits de l’homme. Et nous pensons que jusque-là, nous n’avons pas le droit de les condamner ou de les blanchir ; par contre, nous pensons que ce genre d’actions ne doivent pas être oubliées à travers le temps.

 

Monsieur Mohsen Makhmalbaf, la lumière des yeux du régime de la République islamique et des festivals fait aussi partie de cette règle. Il faut interdire ses œuvres et sa présence dans les milieux du cinéma jusqu’à la mise en place du genre du tribunal ci-dessus nommé et de son jugement. Nous demandons aux prisonniers qui ont des renseignements sur lui,

 

d’envoyer leurs preuves pour le cinéma libre, en particulier ceux de la prison d’Adelabad de Chiraz qui ont, d’après la preuve publiée dans le livre Le mirage du cinéma islamique (Réza Allamehzadeh), porté plainte contre lui, sans résultat, aux Nations-

Unies. Nous publierons les preuves sous le vrai nom ou le pseudonyme de la personne et les donnerons aux avocats qui ont accepté de nous aider. Cette fois-ci, nous publions ci-dessus, le texte de Minoo Homaili, militante politique qui habite au Canada.

 

Pour tout contact :

004968139224

cinema-ye-azad@t-online.de

 

***

Un jour, en 1981, Djan-nessari, responsable de la prison des femmes d’Ispahan, qui était un pasdar lompan, frappa à la porte et dit : « préparez-vous, on va au cinéma » ?!

 

On va au cinéma ? Vous ne trouvez pas cela drôle ? Le prisonnier et le cinéma ? Jusque-là, on nous avait accueillies

 

avec des câbles, des fouets, etc.…, mais là, ils étaient devenus gentils et voulaient nous emmener au cinéma !

 

Je me suis dit peut-être qu’ils veulent répéter le désastre du cinéma Rex ? Ou peut-être ils veulent, comme les nazis, jeter les prisonniers dans les camps d’extermination et les brûler ?

 

Depuis qu’ils m’avaient transférée de la prison de Sanandadj à celle de Qom et celle d’Ispahan pour me guider, comme ils le disaient, à travers des possibilités culturelles de cette prison, sur la bonne voie, je voyais qu’ils emmenaient les prisonniers aux cérémonies religieuses, à la prière de

 

 

vendredi, à la cérémonie des martyrs, mais qu’ils s’inquiètent de notre détente et de notre joie, nous a surpris et nous étions curieuses de savoir ce qui allait se passer.

 

Quelques-unes, pour fuir l’ennui de la prison et voir les rues, ont accepté d’y aller. Mais ce n’était pas un film banal dans une des salles de cinéma de la ville. Quand elles sont arrivées, elles ont compris qu’elles s’étaient fait des illusions en pensant qu’ils s’inquiétaient de leur détente. Les agents les avaient emmenées voir des films de Mohsen Makhmalbaf, alors hezbollahi, et cinéaste moderne d’aujourd’hui. Quand elles sont revenues après avoir vu le film « Repentir » (1981), elles ont insulté de tous les noms le centre de propagande islamique et son réalisateur, et ont murmuré en répétant cette phrase : « Le con, son film n’avait ni queue ni tête. »

 

Plus tard, la télévision de la prison, pendant que le régime massacrait et terrorisait, nous a montré Boycott, un film inhumain qui avait été commandé par le régime pour écraser la gauche. Dans ce film, les prisonniers de la prison d’Adelabad de Chiraz, sous la menace d’armes du gouvernement, étaient obligés de jouer.

Mais à ce moment-là, l’ordre était de nous obliger de voir les œuvres de leur artiste hezbollahi. Ils n’arrêtaient pas d’emmener les prisonnières pour voir  « Repentir ». La troisième fois, voir le film était obligatoire pour toutes les prisonnières. Mais certaines ne voulaient pas y aller. Mon amie et moi, nous avons décidé de faire semblant d’être malades. Par hasard, le lendemain nous avons eu réellement une sorte de dysantrie.

 

Un autre jour, ils fouettaient 3 de mes co-détenues et les gardiennes regardaient. J’étais tellement en colère que j’ai crié : « Salauds, et vous dites que vous ne torturez pas, qu’est-ce que c’est alors que ça ? » Deux gardiennes m’ont emmenée au bureau de prison. Djan-nessari, content de penser que je me sois dénoncée, a dit : « Tu as une position, c’est pour ça que tu n’es pas allée voir le film de Makhmalbaf. Tu penses que tu es dans un hôtel ? » Puis, il a rajouté : jetez-la dans l’isoloire.

 

J’ai résisté, mais pendant le trajet ils m’ont mise dans une couverture et m’ont tirée par terre ! La vitre du plafond de l’isoloir était cassée et il pleuvait à l’intérieur. Ils me donnaient à manger et m’emmenaient aux toilettes deux fois par jour. J’ai passé deux mois dans ces difficiles conditions ; puis ils m’ont emmenée voir le juge d’instruction qui était Komeyle responsable de la  préparation des condamnations à mort des prisonniers d’Ispahan. Il était très en colère et me dit : je te fouetterai pour deux raisons. Premièrement, parce que tu as refusé d’aller voir le film de Makhmalbaf, ce qui veut dire de désobéir les lois de la prison, et deuxièmement, pour les insultes que tu as proférées à l’encontre des gardiennes pendant qu’elles punissaient les 3 prisonnières. Puis, il a rajouté : « Tu resteras dans l’isoloir jusqu’à ce que tes cheveux deviennent aussi blancs que tes dents. » Elles m’ont emmenée dans la cave, et là un poème sur une porte a attiré mon attention : Ne te sens pas étranger ici car cette cabanne t’appartient.

 

Elles m’ont bandé les yeux et m’ont fait entrer dans une pièce. J’arrivais à voir sous le tissu qui me couvrait les yeux le sol couvert de sang, des vêtements et des sandales pleins de sang. Ils m’ont dit de m’allonger, et en disant Allah Akbar, ils ont commencé le premier coup de fouet qui m’a brûlé le dos. Une des gardiennes qui m’avaient emmenée dans la pièce a dit, d’un accent d’Ispahan : « Quelle têtue ! J’ai jamais vu quelqu’un qui accepte d’être fouettée pour ne pas voir un film. J’ai pensé que tu aimais les films. Tu regardes bien les films de partisans à la télévision. »

 

Je ne sais pas combien de coups de fouet j’ai reçus ce jour-là, mais je sais que, pendant lontemps, je n’ai pas pu dormir sur le dos. Plus tard, j’ai dit à mes amies qu’il faut écrire ce poème sur la porte de la pièce de torture : « Ne te sens pas étranger car cette cabane et ses coups de fouet t’appartiennent ! »

 

Je savais déjà que le cinéma, plus que d’autres moyens médiatiques, peut présenter les réalités sociales, et je savais aussi que ce moyen a la capacité de montrer des contre-réalités. J’ai vu que plusieurs cinéastes en Iran ont habitué les gens de voir des films neutres, mais je n’avais jamais pensé que le cinéma peut être utilisé comme moyen de répression et de torture !

 

A ma libération de prison, j’ai compris, en voyant les deux films Le conducteur de bicyclette (1987) et le mariage des bons (1987) de Makhmalbaf, que cet individu est un opportuniste qui mange à tous les râteliers.

 

Dans le film Gabbeh (1994), je voyais, à la place des belles couleurs des Gabbehs et de la nature, le sang dans la chambre de torture. Son film Nan et Goldouneh (1994) où Makhmalbaf essayait hypocritement de se montrer pacifiste et anti-violence, me rappelait les coups de fouet sur mon corps.

 

Ici, j’accuse l’ordre de la République islamique (toutes ses ailes), tous ses responsables, petits et grands, tous ceux qui se présentent sous le masque de réformes et qui étaient unis dans les tortures et les exécutions des partisans de la liberté. J’accuse aussi le soi-disant artiste qu’est Mohsen Makhmalbaf, dont mon refus de voir son film était à la base des coups de fouet que j’ai reçus et qui m’ont blessée.

 

Même si Makhmalbaf était l’artiste le plus important du cinéma, il devrait être condamné à travers un procès pour avoir participé à la répression, pour avoir collaboré directement avec la prison, pour avoir organisé le groupe de chasse des militants et pour avoir réalisé des films idéologiques. Comme le cinéaste allemand, Leni Riefenstahl , dont le don et la capacité étaient sans commune mesure avec Makhmalbaf et qui a été appelé au tribunal de Nuremberg et interdit pendant toute sa vie des milieux artistiques et des festivals.

 

Il suffit de raconter une scène de l’arrestation de Hechmat Raïssi, activiste politique qui habite aujourd’hui à Berlin, pour voir le visage réel de ce cinéaste du gouvernement.

 

Hechmat Raïssi qui était en prison avec Makhmalbaf pendant le règne du Chah, écrit dans un  texte qui a comme titre : « Le conducteur de bicyclette, acteur du comité » :

 

Dans la chaleur très tôt arrivée de 1980, une des figures célèbres de l’art d’Iran met son Colt américain, calibre 45, sur la tempe d’un homme et lui  ordonne de ne pas bouger et de mettre ses mains sur sa tête. La vieille mère de l’homme n’abandonne pas la main de son fils et la serre durement.

 

L’homme qui transpire de la tempe, tourne la tête pour voir le visage du chasseur d’hommes. Il ne croyait pas que le crime et l’art peuvent avoir la main dans la main et s’unir dans un seul être.

 

La fin de mes paroles, sera une autre partie du texte émouvant de Hechmat Raïssi  :

 

« Peut-on chasser des êtres humains dans les rues et arrêter des opposants et les envoyer à l’abattoir et en même temps avoir des activités artistiques et de réalisation de films et de pièces de théâtre ? » Et moi,  je rajoute : Peut-on accepter que les soi-disant êtres humains, comme Makhmalbaf, qui ont arrêté on ne sait combien de personnes ou qui, avec leurs rapports, ont dénoncé combien de personnes au peloton d’exécution, se promènent librement ? Et encore plus douloureux, peut-on imaginer des iraniens à l’étrangers accueillant, lui et ses films, en criant : Mohsen, Mohsen ?

Minoo_homaili@yahoo.com

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L’Association Art En Exil déclare avoir essayé de contacter M. Mohsen Makhmalbaf pour qu'il  puisse y répondre, mais, sans réponse de la part de celui-ci.

 

Traduit du persan par l’Association Art En Exil