À
PROPOS D’ART ET DE CULTURE ENTRE PARIS ET TÉHÉRAN
Le
quotidien iranien Hamshahri (qui signifie : «citoyen»
-quelle ironie !) a lancé un concours de dessins humoristiques sur la
destruction des Juifs d'Europe (!... ).
Paris, le 19. 02. 2006
Madame, Monsieur,
De nombreuses oppositions à l’égard du «Festival international de cinéma iranien en exil» que je dirige a vu le jour ces dernières années. Cette situation ne nous étonne pas mais mérite certaines explications.
Tout d'abord, elle prouve que je dois être fier de ma qualité d'artiste indépendant exilé (Iranien) menant son combat au sein de la culture – sans grands moyens- contre la politique culturelle d’un régime barbare. Car tous les mollahs, réformateurs ou non réformateurs, avec ou sans turban, même s'ils n'ont pas les même méthodes et stratégies, ils se ressemblent terriblement: ils sont tous acharnés contre la liberté et la démocratie et défendent sans scrupules et par tous les moyens leurs idéologies théocratiques.
Mon devoir en tant que directeur artistique du «Festival international de cinéma iranien en exil», organisé par l'association Art en exil est d'assumer ma responsabilité d'être humain et artiste sensible aux valeurs de la liberté, de la laïcité et de la république. De plus, je pense que défendre la démocratie est le devoir et la responsabilité -urgents - de nous tous, et non seulement de quelques personnes.
Or, au lieu que de nous offrir un soutien dans la défense de ces valeurs, aujourd'hui mises en péril plus que jamais, les responsables politiques semblent vouloir nous paralyser ou de nous couper nos ailes.
Est-ce normal que des artistes indépendants, en particulier ceux présentés par nos festivals et par notre association, qui prennent le risque de prendre la parole et de dénoncer la barbarie, la censure, l'injustice et les discriminations dans ce monde en dérive et sans pitié (au paroxysme de sa cruauté en Iran, mon pays natal), que ces artistes ne soient pas appréciés et soutenus aujourd'hui par la France, pays des Lumières ? Ce que nous assumons -les mains vides- ressort aussi de la responsabilité humaine des Français et de tout citoyen conscient - non seulement de la nôtre. Or, les institutions françaises au lieu de nous aider, aident les ennemies jurées de la liberté !
Je m'explique :
Le quotidien iranien Hamshahri (qui signifie : «citoyen» -quelle ironie !) a lancé un concours de dessins humoristiques sur la destruction des Juifs d'Europe (!... ). Ce journal appartient à la Mairie de Téhéran et Monsieur le Maire de Téhéran est un ex- général des Passdaran «les miliciens de la révolution islamique» et ex- chef de la police de Téhéran.
Par ailleurs, M. Daryoush MEHRJUI, un des grands cinéastes iraniens du régime actuel, lors de la dernière élection présidentielle en Iran, encourageait les Iraniens à voter pour ce général qui peu après est devenu Maire de Téhéran...
Ce cinéaste a été membre de jury d'un festival français l’an dernier... Ses films étaient programmés dans un festival hébergé par le Forum des Images à Paris et lui -même a été invité par le service culturel de la Mairie de Paris en compagnie de nombreux cinéastes, écrivains, intellectuels iraniens tous fidèles à ce régime...
D'autres cinéastes et artistes iraniens, appréciés par de nombreux responsables culturels de France, tels Abass KYAROSTAMI, Djafar PANAHI, Abolfazl DJALILI, MAKHMALBAF, Niki KARIMI, kambouzia PARTOVI, Bahman GHOBADI,Tahmineh MILANI, Rakhshan BANI ETEMAD, Marzieh Meshkini, Manijeh Hekmat, Madjid MADJIDI, Rafi PITZ, Mohammad HAGHIGHAT… Et les chanteurs comme: Shahram Nazeri, Parissa, SHAJARIAN … encouragent et défendent depuis les premiers jours de la révolution, le régime islamique et son idéologie et leur rôle est de maquiller ce régime, (je vous invite à lire les articles écrits par les cinéastes exilés à l’intérieur et à l’extérieur de l’Iran, sur notre site internet: http ://www.artenexil.net).
Parfois je me demande si ceux qui subventionnent ou collaborent avec le régime détestable de Téhéran (je parle des décideurs de l'Occident) ne seraient pas par hasard les petits-fils ou les petites-filles, les descendants des collaborateurs de nazis ? Souhaiteraient-ils aujourd'hui se venger, en appuyant les régimes proches de celui que l'Occident a connu avec Hitler?
Pour l'association Art en exil et pour moi-même, la liberté n'a pas de prix- même si aujourd’hui nous en payons le lourd tribut, et si nous le paierons encore longtemps en nous privant des subventions et des échos favorables accordés hélas et bien évidemment, aux collaborateurs de ce régime.
Je ne sais si les responsables
culturels français essaient de nous encourager, indirectement ou timidement, à
collaborer d'une façon ou d'une autre avec le régime des Mollahs ou s'ils nous
demandent de garder le silence, de devenir gentils avec les Mollahs, sous peine
de ne plus accorder d'aides. J'espère que non. En tous cas, je constate
aujourd’hui qu'en France-et en Europe- est pratiquée une sorte d'auto- censure,
générée par la peur ou un autre motif.
Je vois cette auto -censure pratiquée par les intellectuels européens,
par les journalistes, par les cinéastes, par les femmes et hommes politiques,
par les responsables culturels qui continuent à soutenir les producteurs et les
distributeurs de films des Mollahs (comme MK2, ARTE, Théâtre de la ville…) même
si aujourd'hui la source du mal est parfaitement connue...
Nous souhaitons, en tant qu’artistes iraniens en exil, est que vous
questionniez votre conscience et que vous boycottiez au moins les produits
artistiques exportés par le régime des ayatollahs, et les artistes qui
collaborent avec ce régime, pour que le peuple de France ne soit pas éhonté
devant les générations futures et que dans 50 ans, vos enfants ne soient pas
obligés de demander pardon aux nôtres pour la collaboration de votre pays avec
le régime des ayatollahs. Il n’est pas encore trop tard !
Ma position est ferme et claire :
Si aujourd'hui on en est là, c'est en grande partie en raison des lourdes silences ou de l'encouragement et de la
collaboration de longue date de l'Occident (de ses responsables politiques
et/ou culturels) avec le régime des Mollahs.
La situation actuelle est due aussi en grande partie à la
collaboration avec les Mollahs des intellectuels iraniens vivant en Iran ou
dans d’autres pays.
Je le répète : La liberté n'a pas de prix mais elle a un coût; je pense que
c'est à nous tous, les défenseurs de la liberté, de nous investir.
Avec mes
sincères salutations
Djavad DADSETAN - Association Art en exil
Tél: 01 45 42 20 16 / 06 09 12 68 07 site : http :
//www.artenexil.net
Des milliers d’artistes, poètes, écrivains,
dont des centaines de cinéastes, iraniens ont quitté le pays et des milliers
d’autres restés en Iran sont privés des facilitées qui sont réservées, aux
quelques artistes, poètes, écrivains et cinéastes officiels.