Le cinéma et une autre séquence d’un spectacle

Par : Moslem MANSOURI

 

Les dernières élections présidentielles [iraniennes] ont, une fois encore, mis en scène la course à la misérable soumission de différents groupes de cinéastes : ceux qui ont soutenu Rafsandjani, le symbole de vols et de pillages et ceux qui ont soutenu Ahmadinéjad, le symbole de meurtres et de crimes. Abbas Kiarostami a écrit son dévouement de façon encore plus mesquine que les autres ; il dit qu’il « aime » plus Ahmadinéjad, mais qu’il « vote » pour Rafsandjani.

 

Regardez comment « Amitié » et « aimer », ces concepts profonds humains, sont sacrifiés avec mépris par ces « mercenaires » sur l’autel des symboles de la dictature. Il « vote » pour accomplir son devoir « religieux » pour « consolider » les bases de l’Etat. Les autres aussi se mobilisent pour « voter » pour l’un des deux. En réalité, ils ne votent pas. Le vote dans ce spectacle est vide de sens. Ils obéissent au dirigeant et jouent le rôle de figurants dans les spectacles de l’Etat.

 

Cela fait des années que les produits réactionnaires de l’Etat à l’extérieur du pays sont publicisés par les médias et les réseaux culturels liés à ce dernier sous le nom de « Cercle pour la présentation des films iraniens ». Ces films sont présentés comme des œuvres humanistes et sociales et remplacent, en remplissant les salles vides, les « prières de vendredi » du régime.

 

En face de ce spectre de cinéastes qui profite des aides et du soutien des institutions étatiques, du ministère d’Erchad (l’administration de censure), de la fondation cinématographique Farabi à l’intérieur du pays et des réseaux de propagande et de culture à l’extérieur, il y a aussi des cinéastes et des artistes qui, à l’extérieur aussi bien qu’à l’intérieur, défendent le respect et l’authenticité de « l’art ».

 

Même si le cinéma souterrain à l’intérieur et le cinéma protestataire en exil sont respectivement en confrontation avec l’appareil sécuritaire du régime et  l’opposition du réseau culturel de celui-ci à l’extérieur, et même s’ils se battent contre la pauvreté et les difficultés, ils avancent, c’est vrai lentement, mais ils avancent quand même. Ce sont ces efforts-là qui tiennent allumée la flamme de la résistance -- même si celle-ci est petite. L’essence de la protestation et des revendications humanistes coule dans les veines de l’art du pays et se lève contre l’appareil culturel de l’Etat.

 

Si ce mouvement ne reste pas sans soutien et ne meurt pas dans la misère, il pourra mettre en évidence à l’intérieur du pays, les luttes sociales et les revendications réelles des masses opprimées. Et ici, il pourra présenter à la société des modèles et des symboles réels de luttes en se basant sur l’histoire des mouvements sociaux en Iran.

 

La tâche de tous les Etats est de rompre la mémoire historique du peuple. Ils cherchent à cacher cette partie de l’histoire ou lui porter atteinte.

 

C’est clair que si le cinéma pouvait enlever le voile de l’image de « Mazdak » (1) couvert exprès, il serait plus difficile de mettre sur le trône de la présidence un « criminel » comme « représentant » de la justice. Comme, en mettant en évidence le visage de « Tahéreh Ghorratoleyne » (2), ce serait beaucoup plus difficile deprésenter les visages des mercenaires de l’Etat comme des combattants et des défenseurs des droits des femmes, etc…

 

Imaginons que le cinéma puisse jouer un rôle important dans la remémorisation de cette partie de l’histoire ; ceci est donc la tâche non seulement des cinéastes en exil mais même celle de tous ceux qui ne veulent pas voir une poignée de criminels au pouvoir.

 

Cela fait longtemps que je travaille sur un film sur la vie de Tahéreh Ghorratoleyne et de Mazdak. Pour le film sur Tahéreh, cela fait plus de six mois que je suis à la recherche de l’argent nécessaire, mais pour le moment cela ne fonctionne pas. Par contre, je vois la somme d’énergies et d’argent dépensée à l’extérieur du pays pour des choses sans importance et dans des réunions sans but et ceci, en plus, par ceux qui se disent défenseurs des droits des femmes et des luttes sociales.

 

Malgré ces difficultés, c’est notre devoir de faire avancer ce mouvement dans le domaine de l’art. Bien sûr, il y a plusieurs domaines de lutte, et celui-ci en fait partie. Ce qui est important, ce  n’est pas le domaine dans lequel on se bat mais, c’est de savoir que le pas que l’on fait est un pas juste et fonctionnel et non pas un pas vide et vain.

 

Chacun doit se donner comme tâche d’aider ce mouvement et ce front pour l’art par tous les moyens possibles.

 

 

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(1) Prophète qui a prôné l’abolition des privilèges et qui s’est battu pour l’égalité.

(2) Poétesse qui s’est battue contre le pouvoir et la religion pour des droits des femmes.